08.01.2009
Caos Calmo
J'ai aimé, par Thomas Suinot
Caos Calmo est un grand film. Un grand film poignant et poétique. L'histoire de cet homme, Pietro, qui se retrouve "seul", avec sa fille de 10 ans, après le décès brutal et soudain de sa femme nous touche, mais sans tomber dans un pathos extrême, et pourtant logique. Et cela grâce à l'immense talent de Nanni Moretti qui, paradoxalement à son statut de veuf, est enclos à une absence totale d'émotions, tout du moins de "crise" et de "tristesse". C'est là la première force et originalité du film, de ce pari risqué, néanmoins réussi.
Par la suite, l'histoire développe l'évolution de ce deuil peu commun et, surtout, la nouvelle relation qui naît entre un père peut-être trop absent et sa fille, peut-être pas tant que ça en manque de (re)pères. Cette raison de vivre semble nouvelle pour Pietro, comme si le paternel prenait -enfin- conscience de ce qui lui était cher, et que le reste, travail, argent, loisirs, n'avait -finalement- guère d'importance. Certes cela peut paraître un poil trop cliché, trop facile même, mais pourtant ça marche grâce à la mise en scène fluide de Antonello Grimaldi et la performance de Moretti bien sûr. Dont on attend, avec lui, cet éclat en sanglot, celui qui viendra briser ce chaos calme qui règne dans son corps.
"Et la magie opère, le spectateur suit ce petit bout de vie de personnages attachants avec plaisir et émotion"
On pense donc accompagner la nouvelle vie de Pietro entre son bureau, sa maison et ses nouvelles responsabilités envers sa fille au cours de son deuil. Pourtant cette évolution, on ne va la suivre qu'autour d'un endroit unique et insolite : un petit parc situé en face de l'école de la petite Claudia, sa fille (subtile et douce Blu Di Martino). À partir de là, un défilé de personnages secondaires va rendre visite à Pietro, se confier à lui, leur parler de leur incompréhension face à cette situation, notamment ses collègues (Berling, Podalydes...), sa famille, (son frère et sa belle-sœur, excellents Alessandro Gassman et Valeria Golino) et de parfaits inconnus (un handicapé mental, une joggeuse... (SPOIL : Et même Roman Polanski)) vont devenir des pièces maîtresses dans cette nouvelle bulle de vie.
Et la magie opère, le spectateur suit ce petit bout de vie de personnages attachants avec plaisir et émotion, le tout ponctué par une sublime musique composée par Paolo Buonvino, qui avait déjà officié sur Napoléon (et moi), Leçons d'amour à l'Italienne, Romanzo criminale, et Souviens-toi de moi, entre autre. Ces chansons enivrantes accompagnent mélancoliquement la nouvelle vie de Pietro. Le morceau Pyramid Song, de Radiohead, envoûte encore plus le spectateur lors d'une séquence mémorable, lorsque la douleur se présentera enfin...
"Pietro est avant tout un humain, il a besoin de sexe, de toucher un corps, de faire l'amour, de jouir"
La fameuse scène de sexe (avec la magnifique Isabella Ferrari), crue et sauvage, qui vient casser tout ce qui avait été instauré dans le film, permet de montrer avec habilité, à nouveau le côté humain de Pietro. Car si ce contraste brutal survient vers la fin du film ce n'est pas vraiment pour nous faire croire que Pietro a fait son deuil et qu'il peut passer à autre chose. Non, Pietro est avant tout un humain, il a besoin de sexe, de toucher un corps, de faire l'amour, de jouir. Pense-t-il encore à sa femme ? Y a t-il, de toute façon, déjà pensé autant avant qu'elle soit morte ? Au spectateur de trouver sa propre réponse.
Parmi tous les personnages qui tournent autour de la vie de Pietro, autour de son banc, dans ce petit parc face à l'école de sa fille, finalement ce sont deux femmes, inconnues, qui deviendront les plus importantes. L'une, accompagnée de son chien, sera un peu comme le spectateur, intriguée face à cet homme seul, un peu bizarre et que tout le monde embrasse. (SPOIL L'autre, celle avec qui il aura ce rapport sexuel violent, est, paradoxalement, la femme qu'il aura sauvé d'une noyade au début du film, au moment où son épouse meurt...)
"Un grand film poignant"
Le seul défaut du film serait peut-être sa longueur. Car en plus de rythme déjà lent, ce qui n'avantage pas le spectateur, le film est long, un peu moins de deux heures. Un montage plus court, moins dense aurait été apprécié. Mais peut-être qu'ainsi le long-métrage nous paraît plus réaliste. Comme l'ont souligné certains médias, si Moretti avait lui-même mis en scène cette histoire, tiré d'un roman éponyme de Sandro Veronesi, peut-être que Chaos Calmo aurait séduit davantage de monde.
Peu importe, il n'en reste pas moins un grand film poignant.

J'ai pas aimé, par Mathieu Stosse
Un film italien ? C'est bien le ciné italien. On n'en voit pas tout les jours, en plus. Le dernier bon film italien, que j'ai pu voir, c'était Gomorra. Et vu que nos transalpins piqueurs de coupe du monde préférés sont généralement aptes en bonnes surprises cinématographiques (quand même, rien que ces derniers temps, Gomorra, Libero, Le Caïman, Nos Meilleures Années...) c'est avec plein d'entrain et d'espoir qu'on attendait ce film.
Or, donc, l'histoire d'un père dont la femme meurt subitement et qui se retrouve seul avec sa fille. Là, comme ça, c'est un sujet social et intimiste qui réussit plutôt pas mal au cinéma italien. On se souvient nottamment de La Chambre Du Fils réalisé et joué par Nanni Moretti. On retrouve justement Moretti dans le rôle du veuf. Mais alors ici, pas de subtilité. C'est simple, on dirait que c'est Marc Lévy qui a écrit le scénario. Ou Guillaume Musso. Enfin, c'est pareil, je me comprends. L'originalité de ce veuf, c'est qu'il va aller faire son hippie à se poser sur le banc qui est en face de l'école de sa fille, et ne plus en bouger. Ce alors que c'est un cadre sup bourge avec BMW d'une boîte franco-italienne.
"Les clichés s'enfilent (...) Rien ne nous est épargné"
Et à partir de là, les clichés s'enfilent comme les diamants sur la bague d'une ministre. Le cadre sup (méchant, comme tout les cadres sup), devient rêveur, il prend goût aux petites choses de la vie, comme manger en terrasse en lisant son journal, dire bonjour à la jolie fille qui vient tout les jours promener son chien, faire coucou à sa fille, ce genre de choses. Du coup, ben forcément, les autres méchants cadres sup de sa boîte sont pas contents, et le lui font savoir. Ce qui donne l'occasion à Charles Berling de se ridiculiser en chefaillon "qui-peut-pas-comprendre-notre-héros-qui-lui-a-retrouvé-les-vraies-valeurs-de-la-vie", à Hippolyte Girardot d'avoir un rôle de plus de trois lignes et à Denis Podalydès d'être mi-excellent, mi-énervant, comme d'habitude.
Car c'est en ça que consiste le film : aligner les confrontations de cet homme qui n'arrive pas à faire son deuil avec son entourage qui soit "ne comprend pas, ressaisis-toi, voyons, Pietro!" soit préfère s'occuper de son petit monde. Rien ne nous est épargné : la scène où le mec finit par chialer parce que, putain, enfin, il a compris que sa femme est morte, l'oncle cool qui essaie d'apporter de la joie à sa nièce pendant que le père lit son journal, la belle-soeur folle qui surgit de nulle part (Valeria Golino dans un rôle indigne d'elle-même).
"Le livre ne peut pas être pire que la bouse dont fait office le film"
C'est peut-être ça le problème du film: à la base c'est un livre (qui est peut-être bon. En tout cas, il ne peut pas être pire que la bouse qui en a été faite) et le réalisateur n'a pas compris que ce qui passe bien à l'écrit ne passe pas nécessairement bien au cinéma.
L'entrecroisement des histoires est ridicule, comme par exemple celle de la belle-soeur folle et artiste (et pour bien montrer qu'elle est artiste, elle nous dit en deux minutes qu'elle est enceinte d'un homme qu'elle connaît à peine, rencontré sur un tournage, le tout en se déshabillant en public. 'Sont fous, ces artistes...) qui surgit et rappelle à notre héros qu'elle a eu une liaison avec lui. Dans le bouquin, on peut imaginer que ça a été amené différamment, que l'auteure a pris son temps.
"Le réalisateur a fait un film comme on fait un mauvais feuilleton"
Ici, du temps, on n'en a pas, les scènes se suivent comme dans une poursuite de Quantum Of Solace. C'est à dire trop vite et mal. Comme par exemple, une scène de cul qu'on pourrait catégoriser entre (feu) le film du dimanche soir de M6 et le (toujours en activité) film du premier samedi du mois de Canal+. Qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Qui est bien sûr censée nous montrer que Pietro a enfin fait le deuil de sa nana et qu'il s'emploie à nous le montrer à grands renfort de sauvages coups de boutoirs et tirage de cheveux de blonde en chaleur.
Antonello Grimaldi, réalisateurs de feuilletons nunuches pour la télé italienne, a fait un film comme on fait un mauvais feuilleton. Tout s'enchaîne, tout est fait de clichés pour ne SURTOUT PAS déstabiliser le spectateur, et vas-y qu'on met une flopée de stars, ça marchera bien, et hop, on cuit trop vite à four trop chaud.
22:37 Publié dans Drame | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : caos calmo, nanni moretti, antonello grimaldi











