10.02.2009
L'étrange histoire de Benjamin Button
J'ai pas aimé, par Mathieu Stosse
Enfin ! Enfin, pouvoir voir Benjamin Button. Enfin, ce film dont on nous rabat les oreilles depuis un an, ce film qui va gagner tout les Oscars, tout les Bafta, les Lions d’Or, les Césars, les premiers prix de beauté, n’allez pas en prison, touchez 20 000 francs.
C’est vrai qu’il y a de quoi l’attendre, ce film : les retrouvailles de Brad Pitt et David Fincher, qu’on sent dans une bonne veine après Zodiac, Cate Blanchett, qui en plus d’être d’une beauté elfique insolente est une excellente actrice, et surtout une idée de départ formidable tirée d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald : un homme qui naît vieux et qui rajeunit à mesure qu’il avance en âge.
" Tout ça pour ça ? "
Bon, en dehors du nom du personnage et de cette idée de départ, il ne reste rien de la nouvelle du grand Fitz. On se retrouve avec un film où tout il est lisse, tout il est beau. Certes, Brad Pitt et Cate Blanchett sont beaux comme le jour, certes, la réalisation et la reconstitution de l’Amérique des années 30 sont impeccables.
Mais mon dieu, que tout cela est lent, que les acteurs sont rigides, que la réalisation est sobre au point d’en perdre toute saveur. C’est bien simple, on dirait que Brad Pitt est surgelé. Quant à Cate Blanchett, les anglophones ont du bien se marrer quand ils l’ont entendue essayer d’imiter pitoyablement un accent du sud des États-Unis (il faut rappeller qu’elle est australienne). Disons que c’est comme tout ces téléfilms français dans lesquels des parisiens imitent (très mal au point que c’en est ridicule) l’accent du sud.
Le film est gonflé de sa propre importance, de ses stars, de la publicité qu’il en a été faite. On se retrouve avec un film plat, sans rythme, sans émotion. Tout les moments censés être émouvants sont d’une platitude étonnantes. Les rebondissements (si on arrive à se réveiller au bon moment) sont creux et attendus. Fincher a bien essayé d’insuffler un peu de drôlerie dans tout ça, par exemple avec le vieux qui raconte qu’il s’est fait frapper par la foudre sept fois dans sa vie, certes, c’est drôle, mais on a un peu l’impression que ces petites scénettes tiennent lieu de brise-ennui, « tenez, vous vous ennuyez, allez, on va vous faire un petit intermède » . Nan, mais pourquoi pas un extrait du cabaret de Patrick Sébastien, tant qu’il y est !?
" Forrest Poulain "
Ou Amélie Gump, c’est comme ça qu’on pourrait appeler ce film. Tout est pétri de bons sentiments, la bonne idée originale est noyée dans un torrent de bonnes intentions, regardez comme les noirs des années 30 ils sont gentils, malgré le racisme de l’époque, regardez comme le petit Benjamin trouve de la gentillesse et de la compréhension autour de lui malgré son bizarre handicap, comme la société est en fait pleine de gens gentils. Ils nous font même le coup du père qui revient avant de mourir pour donner son héritage à son fils qu’il avait abandonné, et même le coup du fil conducteur de l’histoire d’amour avec la fille qu’il a connue étant petit.
D’ailleurs, juste pour info, les deux scénaristes responsables de Benjamin Button sont aussi responsables de Forrest Gump, Munich, Mémoires D’une Geisha et le Jane Austen Book Club, donc, soit des trucs niais, sans rythme, ou les deux.
Si vous êtes facilement impressionnable par les films plein de fausse émotion, qui ne sont faits que pour gagner des Oscars et qui ne vont pas plus loin que leur idée de départ, où rien n’est mauvais mais rien n’est réellement bon, alors oui, vous aimerez sûrement Benjamin Button.

J'ai aimé, par Thomas Suinot
L’étrange histoire de Benjamin Button. Ou comment se laisser envoûter pendant 2h30 par la vie extraordinaire, et paradoxalement si proche de nous, de cet homme, né vieillard en 1918 et qui rajeunit avec le temps.
Brad Pitt interprète cet étrange Benjamin Button, tout le long du film, de l’octogénaire ridé au jeune premier de 20 ans. On suit son parcours, son « enfance », sa famille, ses voyages et ses histoires de cœur, notamment avec Daisy, Cate Blanchett, qui excelle dans son rôle de danseuse déchue.
Toute une vie qui tourne à l’envers, une vie qui n’a pas le même sens, comme la belle horloge fabriquée par Monsieur Gâteau, désireux de voir son défunt fils revenir d’entre les morts et donc, de remonter le temps. Une scène d’introduction au film qui permet de mieux saisir la notion de temporalité, d’amour et de mort qui règne sur le monde évidemment, mais particulièrement sur ce nouveau long-métrage de David Fincher (Zodiac, Seven, Fight Club), qui signe ici sa troisième collaboration avec l’acteur vedette.
" La magie opère "
La première force de ce mélodrame fantastique se trouve d’abord dans les effets spéciaux. Entre le maquillage, à peu près 5 heures pour Brad Pitt à 80 ans, et les retouches numériques en post prod, le talent est bien présent, la magie opère : on y croit. On se laisse émerveiller par les différents visages, de Pitt et Blanchet, aux différentes époques. Surpris de les voir vieux puis jeunes, ou vice-versa, avec une crédibilité touchante, entraînante et bluffante.
Passée cette incroyable prouesse technique qui hypnotise chaque spectateur, celui-ci se délecte ensuite des échantillons d’une vie finalement pas si éloignée de la nôtre : les yeux pétillants d’un enfant qui découvre l’art, via du Shakespeare conté à Pitt enfant sur son visage âgé. Mais aussi le dépucelage, adolescent, le premier amour, l’envie de voyager, le travail, la mort de proches parents et presque la paternité. Tout cela autour d’une belle histoire d’amour complexe et des réflexions sur les choix de vie, mélangées à de petites touches d’humour, parsemées discrètement. Des événements qui risquent d’en agacer certains, qui n’y verront là aucune originalité et s’ennuieront ferme.
"Fincher signe un chef-d’œuvre du septième art "
Et pourtant, pour les autres, le fabuleux destin de Benjamin Button est émouvant, prenant et poignant. Des airs de Forrest Gump dans l’histoire, de Jean-Pierre Jeunet dans la forme, notamment lors d’une scène au milieu du film, narrant différents destins croisés de plusieurs points de vue rapidement, ou encore dans l’esthétisme global des séquences : les couleurs chaudes du passé, et celles glaciales du présent. Comme si le meilleur moment à vivre était déjà vécu… mais que le temps continue de passer, comme nous le rappelle l’horloge de Monsieur Gâteau, qui ne s’arrête pas, qui tourne toujours à l’envers, même abîmée et usée, et qui clôt brillamment l’intimité installée entre le spectateur et les acteurs.
Difficile de décrire un film comme L’étrange histoire de Benjamin Button tant il se vit de l’intérieur, en fonction de ses propres souvenirs. Impossible de ne pas avoir les yeux humides en voyant cette fresque romantique et magnifique. David Fincher signe à nouveau un chef-d’œuvre du septième art et le meilleur film de ce début d’année.
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