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08.04.2009

Vicky Cristina Barcelona

J'ai aimé, par Mathieu Stosse

C'est quand même fou... Un film par an, et des chefs-d'oeuvre à chaque fois (ou presque), l'Europe réussit à Woody Allen. Après le grandiose Match Point, le très léger Scoop, et le très cynique Rêve de Cassandre, il part pour l'Espagne cette fois, avec comme ambassadeurs des bonnes choses locales les excellents Penélope Cruz et Javier Bardem.

Vicky Cristina Barcelona est en apparence un film tout simple, qui n'a d'autre ambition que de suivre les turpitudes amoureuses de deux américaines lors de leur escapade ibérique. Alors, c'est sûr, si ça avait été n'importe quel réalisateur de comédies romantiques américaines à la con, rien que le résumé du film nous endormirait. Mais Woody Allen a toujours eu le talent de rendre n'importe quel sujet à la fois léger, grave, et surtout cruel...

"Une comédie romantique classique ?"

Vicky la terre-à-terre (Rebecca Hall) et Cristina la volage (Scarlett Johansson) sont donc en vacances en Espagne, et rencontrent le beau Juan Antonio (Javier Bardem). Bien sûr, on se doute de ce qui va se passer : qui va coucher avec qui? Laquelle des deux va succomber et tout laisser tomber pour ce beau mâle qui fleure bon la guitare et la tauromachie ?

Tout ressemble ici à s'y méprendre à une comédie romantique classique : les personnages sont psychologiquement caricaturaux, l'intrigue est bourgeoise et superficielle, et on voit tout venir à 100 mètres à la ronde... Mais bon, c'est Woody Allen. Comme il l'avait fait dans Le Rêve de Cassandre, il joue avec le spectateur et ses attentes, comme dans Match Point, il créé une complicité avec ce même spectateur tout en le mettant à distance en utilisant la voix off, qui, utilisée ici pour un sujet aussi banal revêt une portée beaucoup plus ironique et humoristique, car, oui, tout comme Scoop, on rit beaucoup dans Vicky Cristina Barcelona. Vous l'aurez compris, ce film fait un peu office de synthèse de la trilogie londonienne amorcée avec Match Point.

Dans ce film, tout le monde en prend pour son grade. Les femmes, bien sûr, qui sont soit éternellement indécises, insatisfaites ou folles. Et les hommes, qui, bien que moins présents, sont soit naïfs (pour pas dire complètement cons) ou manipulateurs et égoïstes. ci, l'autre est source de confontation ou de frustration (ou les deux), et chaque relation est porteuse d'un déséquilibre qui rend tout le monde pathétique.

"De la misanthropie grand-public!"

Tout cela pourrait paraître extrêmement misanthrope et désagréablement cynique. Mais heureusement, tout est fait pour nous faire rire des personnages que Woody Allen met devant nous. En dehors de la voix off, complice du spectateur dans le recul et la moquerie, les actrices, toutes superbes (Penélope Cruz n'a pas volé son oscar), nous montrent des femmes prises au pièges de leurs désirs et de leurs insatisfactions, et les hommes sont soit détestables, comme Javier Bardem, qui fait génialement l'artiste raté/plagieur et manipulateur, soit idiotement innatentifs (ou insensibles ?) à ce qui se passe dans la tête de leurs femmes. Tous sont si sérieux dans ce film traité avec tant de légereté qu'on ne peut s'empêcher, au final, de rire.

Donc, un grand Allen, on retrouve le réalisateur qui réussisait à nous faire rire de choses si graves, à rendre la misanthropie grand-public et drôle.

(et en plus, il y a une scène avec deux actrices qui...

...mais j'en dirai pas plus...)

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J'ai pas aimé, par Thomas Suinot

Le nouveau Woody Allen, fraîchement débarqué en DVD, partage les critiques et les spectateurs. Là où certains y voient une fable légère mais cruelle sur l'amour, et particulièrement sur un triangle relationnel composé de deux filles (Scarlett Johansson et Rebecca Hall) et d'un garçon (Javier Bardem), puis du même garçon mais d'une autre fille (Penélope Cruz qui rejoint Scarlett). D'autres perçoivent surtout une amère comédie qui peine à faire sourire, basée sur des personnages caricaturaux et qui ennuie fortement.

Dès le départ, le parti pris de narrer le film avec une voix off semble foireux, car exagéré, car se voulant acidement drôle. Mais ça ne marche pas. Ce narrateur, nous explique donc la situation : deux copines, Vicky et Cristina, dans une ville : Barcelone. La belle ville carte postale de cette Espagne rêvée où tout est magnifiée. Ces deux filles croisent un mâle : Juan Antonio. Et là c'est le drame.

"La platitude règne en maître..."

À partir de là, l'inssuportable voix du narrateur continue son jeu. La très fidèle-mais-dans-le-doute Vicky (Rebecca Hall, faible charisme écrasée par ses collègues), bientôt fiancée, met en garde sa copine blonde qui-veut-profiter-de-la-vie-et-du-sexe (Scarlett Johansson, tête à claque), qui s'éprend rapidement de Juan Antonio, peintre rêveur (Javier Bardem, prestation hônnete). Les aventures du trio s'enchaînent sans réelles grandes surprises...

Et nous, on ne comprend toujours pas si le film a démarré ou pas. Il faudra attendre longtemps avant d'avoir un petit quelque chose d'intéressant à voir, c'est à dire Pénélope Cruz, qui vient réhausser un peu le niveau et faire oublier la platitude qui régnait en maître jusqu'ici. Sa nomination aux Oscars se justifie, son obtention un peu moins...

Mais ça ne suffit pas. Car Vicky Christina Barcelona reste bancal, les dialogues ne font pas mouches, en dépit de leur incroyable non crédibilité. Les situations amoureuses n'atteignent pas le spectateur non plus, chaque femme est le stéréotype d'un sentiment (jalouse/énervée, perdue/insatisfaite, naïve/amoureuse). Cette idée, pas forcément mauvaise, aurait pu donné naissance à une comédie beaucoup moins prévisible, plus crédible et plus intéressante. Raté ! On ne comprend pas très bien où veut en venir le metteur en scène, qui nous avait tellement habitué à mieux. On n'arrive pas à rire de tout celà, même si on sait que c'est le but...

"L'histoire caricaturale ne surprend pas, lasse et agace."

Woody Allen nous berce de clichés, semblant vouloir nous dire quelque chose, nous faire tirer une leçon de sa farce légère, mais rien  n'y fait. Pas d'intrigue générale, pas de mise en scène transcendante, pas de dialogues intéressants ou crédibles...

Malgré un casting 4 étoiles et des actrices superbes (surtout par leur plastique), l'histoire caricaturale de Vicky Christina Barcelona ne surprend pas, lasse et agace.

(mais la scène avec les deux actrices qui...

...doit être vue ! (et si c'était ça l'intérêt du film ?))


10.02.2009

L'étrange histoire de Benjamin Button

J'ai pas aimé, par Mathieu Stosse

Enfin ! Enfin, pouvoir voir Benjamin Button. Enfin, ce film dont on nous rabat les oreilles depuis un an, ce film qui va gagner tout les Oscars, tout les Bafta, les Lions d’Or, les Césars, les premiers prix de beauté, n’allez pas en prison, touchez 20 000 francs.

C’est vrai qu’il y a de quoi l’attendre, ce film : les retrouvailles de Brad Pitt et David Fincher, qu’on sent dans une bonne veine après Zodiac, Cate Blanchett, qui en plus d’être d’une beauté elfique insolente est une excellente actrice, et surtout une idée de départ formidable tirée d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald : un homme qui naît vieux et qui rajeunit à mesure qu’il avance en âge.

" Tout ça pour ça ? "

Bon, en dehors du nom du personnage et de cette idée de départ, il ne reste rien de la nouvelle du grand Fitz. On se retrouve avec un film où tout il est lisse, tout il est beau. Certes, Brad Pitt et Cate Blanchett sont beaux comme le jour, certes, la réalisation et la reconstitution de l’Amérique des années 30 sont impeccables.

Mais mon dieu, que tout cela est lent, que les acteurs sont rigides, que la réalisation est sobre au point d’en perdre toute saveur. C’est bien simple, on dirait que Brad Pitt est surgelé. Quant à Cate Blanchett, les anglophones ont du bien se marrer quand ils l’ont entendue essayer d’imiter pitoyablement un accent du sud des États-Unis (il faut rappeller qu’elle est australienne). Disons que c’est comme tout ces téléfilms français dans lesquels des parisiens imitent (très mal au point que c’en est ridicule) l’accent du sud.

Le film est gonflé de sa propre importance, de ses stars, de la publicité qu’il en a été faite. On se retrouve avec un film plat, sans rythme, sans émotion. Tout les moments censés être émouvants sont d’une platitude étonnantes. Les rebondissements (si on arrive à se réveiller au bon moment) sont creux et attendus. Fincher a bien essayé d’insuffler un peu de drôlerie dans tout ça, par exemple avec le vieux qui raconte qu’il s’est fait frapper par la foudre sept fois dans sa vie, certes, c’est drôle, mais on a un peu l’impression que ces petites scénettes tiennent lieu de brise-ennui, « tenez, vous vous ennuyez, allez, on va vous faire un petit intermède » . Nan, mais pourquoi pas un extrait du cabaret de Patrick Sébastien, tant qu’il y est !?

" Forrest Poulain "

Ou Amélie Gump, c’est comme ça qu’on pourrait appeler ce film. Tout est pétri de bons sentiments, la bonne idée originale est noyée dans un torrent de bonnes intentions, regardez comme les noirs des années 30 ils sont gentils, malgré le racisme de l’époque, regardez comme le petit Benjamin trouve de la gentillesse et de la compréhension autour de lui malgré son bizarre handicap, comme la société est en fait pleine de gens gentils. Ils nous font même le coup du père qui revient avant de mourir pour donner son héritage à son fils qu’il avait abandonné, et même le coup du fil conducteur de l’histoire d’amour avec la fille qu’il a connue étant petit.

D’ailleurs, juste pour info, les deux scénaristes responsables de Benjamin Button sont aussi responsables de Forrest Gump, Munich, Mémoires D’une Geisha et le Jane Austen Book Club, donc, soit des trucs niais, sans rythme, ou les deux.

Si vous êtes facilement impressionnable par les films plein de fausse émotion, qui ne sont faits que pour gagner des Oscars et qui ne vont pas plus loin que leur idée de départ, où rien n’est mauvais mais rien n’est réellement bon, alors oui, vous aimerez sûrement Benjamin Button.

 

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J'ai aimé, par Thomas Suinot

L’étrange histoire de Benjamin Button. Ou comment se laisser envoûter pendant 2h30 par la vie extraordinaire, et paradoxalement si proche de nous, de cet homme, né vieillard en 1918 et qui rajeunit avec le temps.

Brad Pitt interprète cet étrange Benjamin Button, tout le long du film, de l’octogénaire ridé au jeune premier de 20 ans. On suit son parcours, son « enfance », sa famille, ses voyages et ses histoires de cœur, notamment avec Daisy, Cate Blanchett, qui excelle dans son rôle de danseuse déchue.

Toute une vie qui tourne à l’envers, une vie qui n’a pas le même sens, comme la belle horloge fabriquée par Monsieur Gâteau, désireux de voir son défunt fils revenir d’entre les morts et donc, de remonter le temps. Une scène d’introduction au film qui permet de mieux saisir la notion de temporalité, d’amour et de mort qui règne sur le monde évidemment, mais particulièrement sur ce nouveau long-métrage de David Fincher (Zodiac, Seven, Fight Club), qui signe ici sa troisième collaboration avec l’acteur vedette.

" La magie opère "

La première force de ce mélodrame fantastique se trouve d’abord dans les effets spéciaux. Entre le maquillage, à peu près 5 heures pour Brad Pitt à 80 ans, et les retouches numériques en post prod, le talent est bien présent, la magie opère : on y croit. On se laisse émerveiller par les différents visages, de Pitt et Blanchet, aux différentes époques. Surpris de les voir vieux puis jeunes, ou vice-versa, avec une crédibilité touchante, entraînante et bluffante.

Passée cette incroyable prouesse technique qui hypnotise chaque spectateur, celui-ci se délecte ensuite des échantillons d’une vie finalement pas si éloignée de la nôtre : les yeux pétillants d’un enfant qui découvre l’art, via du Shakespeare conté à Pitt enfant sur son visage âgé. Mais aussi le dépucelage, adolescent, le premier amour, l’envie de voyager, le travail, la mort de proches parents et presque la paternité. Tout cela autour d’une belle histoire d’amour complexe et des réflexions sur les choix de vie, mélangées à de petites touches d’humour, parsemées discrètement. Des événements qui risquent d’en agacer certains, qui n’y verront là aucune originalité et s’ennuieront ferme.

"Fincher signe un chef-d’œuvre du septième art "

Et pourtant, pour les autres, le fabuleux destin de Benjamin Button est émouvant, prenant et poignant. Des airs de Forrest Gump dans l’histoire, de Jean-Pierre Jeunet dans la forme, notamment lors d’une scène au milieu du film, narrant différents destins croisés de plusieurs points de vue rapidement, ou encore dans l’esthétisme global des séquences : les couleurs chaudes du passé, et celles glaciales du présent. Comme si le meilleur moment à vivre était déjà vécu… mais que le temps continue de passer, comme nous le rappelle l’horloge de Monsieur Gâteau, qui ne s’arrête pas, qui tourne toujours à l’envers, même abîmée et usée, et qui clôt brillamment l’intimité installée entre le spectateur et les acteurs.

Difficile de décrire un film comme L’étrange histoire de Benjamin Button tant il se vit de l’intérieur, en fonction de ses propres souvenirs. Impossible de ne pas avoir les yeux humides en voyant cette fresque romantique et magnifique. David Fincher signe à nouveau un chef-d’œuvre du septième art et le meilleur film de ce début d’année.

 

08.01.2009

Caos Calmo

J'ai aimé, par Thomas Suinot

Caos Calmo est un grand film. Un grand film poignant et poétique. L'histoire de cet homme, Pietro, qui se retrouve "seul", avec sa fille de 10 ans, après le décès brutal et soudain de sa femme nous touche, mais sans tomber dans un pathos extrême, et pourtant logique. Et cela grâce à l'immense talent de Nanni Moretti qui, paradoxalement à son statut de veuf, est enclos à une absence totale d'émotions, tout du moins de "crise" et de "tristesse". C'est là la première force et originalité du film, de ce pari risqué, néanmoins réussi.

Par la suite, l'histoire développe l'évolution de ce deuil peu commun et, surtout, la nouvelle relation qui naît entre un père peut-être trop absent et sa fille, peut-être pas tant que ça en manque de (re)pères. Cette raison de vivre semble nouvelle pour Pietro, comme si le paternel prenait -enfin- conscience de ce qui lui était cher, et que le reste, travail, argent, loisirs, n'avait -finalement- guère d'importance. Certes cela peut paraître un poil trop cliché, trop facile même, mais pourtant ça marche grâce à la mise en scène fluide de Antonello Grimaldi et la performance de Moretti bien sûr. Dont on attend, avec lui, cet éclat en sanglot, celui qui viendra briser ce chaos calme qui règne dans son corps.

"Et la magie opère, le spectateur suit ce petit bout de vie de personnages attachants avec plaisir et émotion"

On pense donc accompagner la nouvelle vie de Pietro entre son bureau, sa maison et ses nouvelles responsabilités envers sa fille au cours de son deuil. Pourtant cette évolution, on ne va la suivre qu'autour d'un endroit unique et insolite : un petit parc situé en face de l'école de la petite Claudia, sa fille (subtile et douce Blu Di Martino). À partir de là, un défilé de personnages secondaires va rendre visite à Pietro, se confier à lui, leur parler de leur incompréhension face à cette situation, notamment ses collègues (Berling, Podalydes...), sa famille, (son frère et sa belle-sœur, excellents Alessandro Gassman et Valeria Golino) et de parfaits inconnus (un handicapé mental, une joggeuse... (SPOIL : Et même Roman Polanski)) vont devenir des pièces maîtresses dans cette nouvelle bulle de vie.

Et la magie opère, le spectateur suit ce petit bout de vie de personnages attachants avec plaisir et émotion, le tout ponctué par une sublime musique composée par Paolo Buonvino, qui avait déjà officié sur Napoléon (et moi), Leçons d'amour à l'Italienne, Romanzo criminale, et Souviens-toi de moi, entre autre. Ces chansons enivrantes accompagnent mélancoliquement la nouvelle vie de Pietro. Le morceau Pyramid Song, de Radiohead, envoûte encore plus le spectateur lors d'une séquence mémorable, lorsque la douleur se présentera enfin...

"Pietro est avant tout un humain, il a besoin de sexe, de toucher un corps, de faire l'amour, de jouir"

La fameuse scène de sexe (avec la magnifique Isabella Ferrari), crue et sauvage, qui vient casser tout ce qui avait été instauré dans le film, permet de montrer avec habilité, à nouveau le côté humain de Pietro. Car si ce contraste brutal survient vers la fin du film ce n'est pas vraiment pour nous faire croire que Pietro a fait son deuil et qu'il peut passer à autre chose. Non, Pietro est avant tout un humain, il a besoin de sexe, de toucher un corps, de faire l'amour, de jouir. Pense-t-il encore à sa femme ? Y a t-il, de toute façon, déjà pensé autant avant qu'elle soit morte ? Au spectateur de trouver sa propre réponse.

Parmi tous les personnages qui tournent autour de la vie de Pietro, autour de son banc, dans ce petit parc face à l'école de sa fille, finalement ce sont deux femmes, inconnues, qui deviendront les plus importantes. L'une, accompagnée de son chien, sera un peu comme le spectateur, intriguée face à cet homme seul, un peu bizarre et que tout le monde embrasse. (SPOIL L'autre, celle avec qui il aura ce rapport sexuel violent, est, paradoxalement, la femme qu'il aura sauvé d'une noyade au début du film, au moment où son épouse meurt...)

"Un grand film poignant"

Le seul défaut du film serait peut-être sa longueur. Car en plus de rythme déjà lent, ce qui n'avantage pas le spectateur, le film est long, un peu moins de deux heures. Un montage plus court, moins dense aurait été apprécié. Mais peut-être qu'ainsi le long-métrage nous paraît plus réaliste. Comme l'ont souligné certains médias, si Moretti avait lui-même mis en scène cette histoire, tiré d'un roman éponyme de Sandro Veronesi, peut-être que Chaos Calmo aurait séduit davantage de monde.

Peu importe, il n'en reste pas moins un grand film poignant.

 

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J'ai pas aimé, par Mathieu Stosse

Un film italien ? C'est bien le ciné italien. On n'en voit pas tout les jours, en plus. Le dernier bon film italien, que j'ai pu voir, c'était Gomorra. Et vu que nos transalpins piqueurs de coupe du monde préférés sont généralement aptes en bonnes surprises cinématographiques (quand même, rien que ces derniers temps, Gomorra, Libero, Le Caïman, Nos Meilleures Années...) c'est avec plein d'entrain et d'espoir qu'on attendait ce film.

Or, donc, l'histoire d'un père dont la femme meurt subitement et qui se retrouve seul avec sa fille. Là, comme ça, c'est un sujet social et intimiste qui réussit plutôt pas mal au cinéma italien. On se souvient nottamment de La Chambre Du Fils réalisé et joué par Nanni Moretti. On retrouve justement Moretti dans le rôle du veuf. Mais alors ici, pas de subtilité. C'est simple, on dirait que c'est Marc Lévy qui a écrit le scénario. Ou Guillaume Musso. Enfin, c'est pareil, je me comprends. L'originalité de ce veuf, c'est qu'il va aller faire son hippie à se poser sur le banc qui est en face de l'école de sa fille, et ne plus en bouger. Ce alors que c'est un cadre sup bourge avec BMW d'une boîte franco-italienne.

"Les clichés s'enfilent (...) Rien ne nous est épargné"

Et à partir de là, les clichés s'enfilent comme les diamants sur la bague d'une ministre. Le cadre sup (méchant, comme tout les cadres sup), devient rêveur, il prend goût aux petites choses de la vie, comme manger en terrasse en lisant son journal, dire bonjour à la jolie fille qui vient tout les jours promener son chien, faire coucou à sa fille, ce genre de choses. Du coup, ben forcément, les autres méchants cadres sup de sa boîte sont pas contents, et le lui font savoir. Ce qui donne l'occasion à Charles Berling de se ridiculiser en chefaillon "qui-peut-pas-comprendre-notre-héros-qui-lui-a-retrouvé-les-vraies-valeurs-de-la-vie", à Hippolyte Girardot d'avoir un rôle de plus de trois lignes et à Denis Podalydès d'être mi-excellent, mi-énervant, comme d'habitude.

Car c'est en ça que consiste le film : aligner les confrontations de cet homme qui n'arrive pas à faire son deuil avec son entourage qui soit "ne comprend pas, ressaisis-toi, voyons, Pietro!" soit préfère s'occuper de son petit monde. Rien ne nous est épargné : la scène où le mec finit par chialer parce que, putain, enfin, il a compris que sa femme est morte, l'oncle cool qui essaie d'apporter de la joie à sa nièce pendant que le père lit son journal, la belle-soeur folle qui surgit de nulle part (Valeria Golino dans un rôle indigne d'elle-même).

"Le livre ne peut pas être pire que la bouse dont fait office le film"

C'est peut-être ça le problème du film: à la base c'est un livre (qui est peut-être bon. En tout cas, il ne peut pas être pire que la bouse qui en a été faite) et le réalisateur n'a pas compris que ce qui passe bien à l'écrit ne passe pas nécessairement bien au cinéma.

L'entrecroisement des histoires est ridicule, comme par exemple celle de la belle-soeur folle et artiste (et pour bien montrer qu'elle est artiste, elle nous dit en deux minutes qu'elle est enceinte d'un homme qu'elle connaît à peine, rencontré sur un tournage, le tout en se déshabillant en public. 'Sont fous, ces artistes...) qui surgit et rappelle à notre héros qu'elle a eu une liaison avec lui. Dans le bouquin, on peut imaginer que ça a été amené différamment, que l'auteure a pris son temps.

"Le réalisateur a fait un film comme on fait un mauvais feuilleton"

Ici, du temps, on n'en a pas, les scènes se suivent comme dans une poursuite de Quantum Of Solace. C'est à dire trop vite et mal. Comme par exemple, une scène de cul qu'on pourrait catégoriser entre (feu) le film du dimanche soir de M6 et le (toujours en activité) film du premier samedi du mois de Canal+. Qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Qui est bien sûr censée nous montrer que Pietro a enfin fait le deuil de sa nana et qu'il s'emploie à nous le montrer à grands renfort de sauvages coups de boutoirs et tirage de cheveux de blonde en chaleur.

Antonello Grimaldi, réalisateurs de feuilletons nunuches pour la télé italienne, a fait un film comme on fait un mauvais feuilleton. Tout s'enchaîne, tout est fait de clichés pour ne SURTOUT PAS déstabiliser le spectateur, et vas-y qu'on met une flopée de stars, ça marchera bien, et hop, on cuit trop vite à four trop chaud.

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